“C’est pas pareil”

Il est important d’appeler les choses par leur nom : la circoncision est bien une mutilation sexuelle.

Souvent il arrive lorsqu’un échange sur la circoncision et le droit individuel des enfants à l’intégrité physique et plus tard à l’autodétermination religieuse (i.e. de ne pas avoir une religion que l’on n’a pas choisie marquée dans sa chaire de manière irréversible), au moment où l’on évoque à la fois la circoncision et les mutilations sexuelles féminines (MSF), que surgisse l’objection « oui mais c’est pas pareil ».

Lorsque je me suis réintéressé aux mouvements intactivistes américains il y a environ deux ans, je me souviens avoir vu la pancarte d’un manifestant revendiquant une égalité de traitement entre les MSF et la circoncision masculine. IMG_5480J’ai trouvé ça un peu fort de café. Depuis le jour où je me suis posé des questions sur la légitimité de la circoncision des mineurs, c’est-à-dire depuis que ma propre circoncision à 16 ans m’a forcé à me poser des questions sur ce sujet, j’ai été contre pour de multiples raisons. Mais tenant toujours à la précision du vocabulaire utilisé, j’étais extrêmement prudent vis-à-vis du parallèle avec les MSF puisqu’il m’apparaissait évident que celles-ci étaient pires que l’ablation du prépuce et que la comparaison semblait dangereuse en ce qu’elle semblait porter en elle soit une exagération des conséquences (bien réelles pourtant) de la circoncision ou une minimisation de la gravité des mutilations sexuelles féminines.

Mon engagement dans une association contre toutes les formes d’atteintes aux organes sexuels m’a amené à m’intéresser de plus près aux mutilations sexuelles féminines. C’était le début d’un chemin qui allait m’amener à reconsidérer le question de l’emploi du mot « mutilation ».

Lorsqu’on évoque les MSF, la première chose qui vient à l’esprit de beaucoup de gens, c’est le mot « excision », que l’on associe souvent avec ablation du clitoris. Pourtant les MSF recouvrent un nombre de pratiques beaucoup plus grandes et des mutilations hélas très variées. L’OMS les définit et les classe ainsi :

Les mutilations sexuelles féminines recouvrent toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins qui sont pratiquées pour des raisons non médicales.

Les mutilations sexuelles féminines se classent en 4 catégories:

  • Type 1- la clitoridectomie: ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris).
  • Type 2 – l’excision: ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres (replis internes de la vulve), avec ou sans excision des grandes lèvres (replis cutanés externes de la vulve).
  • Type 3 – l’infibulation: rétrécissement de l’orifice vaginal par recouvrement, réalisé en sectionnant et en repositionnant les petites lèvres, ou les grandes lèvres, parfois par suture, avec ou sans ablation du clitoris (clitoridectomie).
  • Type 4 – les autres interventions: toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.

Source : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs241/fr/

Quand j’ai découvert ces informations, j’en ai tiré deux conséquences qui mènent inexorablement à la même conclusion :

– d’abord que l’ablation du prépuce du clitoris, soit l’équivalent anatomique du prépuce du pénis, bien que rarement pratiquée seule n’en demeure pas moins une mutilation sexuelle selon l’OMS.

– deuxièmement qu’en fin de compte il n’existe aucune atteinte aux organes sexuelles des femmes qui ne soit pas classée comme MSF. A partir du moment où la lame tranche dans les organes sexuels, ou autre atteinte physique, il y a mutilation.

Que l’on remplace le mot fille par garçon, femme par homme et la conclusion est indubitablement que l’ablation du prépuce du pénis est une mutilation sexuelle. Comme les MSF, les mutilations sexuelles masculines sont diverses, de la circoncision à la subinscision (sur ce sujet voir Circoncision, le complot du silence de Sami Aldeeb, p14).

Il est intéressant de noter à ce sujet qu’autrefois la différence n’étaient pas si distincte dans le vocabulaire employé puisqu’on utilisait le terme de circoncision féminine pour parler de ce que l’on nomme maintenant MSF : « depuis 1990, l’OMS et autres organisations ont décidé d’utiliser le terme de mutilations génitale féminine et d’abandonner celui de circoncision féminine » (ibid). D’ailleurs bien que les acteurs de la lutte contre les MSF soit partagés sur le sujet, certains, comme Fabienne Richard, n’hésitent pas à classer la circoncision masculine dans les mutilations, arguant qu’accepter la circoncision masculine revient à considérer qu’il existerait pour tous, femmes et hommes des « petites mutilations » somme toute acceptables et légitimes. L’accepter est un recul pour tous.

Voici en conclusion ce qui m’a amené à considérer que l’OMS et d’autres organisations, pourtant louables dans leur lutte contre les MSF, sont prises dans leurs propres contradictions et que dans l’intérêt des jeunes garçons il est temps d’avancer pas à pas dans un dialogue avec ceux qui la pratique une requalification de la circoncision. Car oui la circoncision est bien une mutilation sexuelle.

Témoignage de David Nunn

J’ai été circoncis à 19 ans pour être “normal” et ressembler aux autres hommes (1). Bien des années après je pense que ça a été la plus grosse et la pire erreur de toute ma vie. La première fois que je me suis masturbé après la circoncision ce fut une énorme déception parce que j’avais perdu environ le tiers des sensations en intensité par rapport à avant et rien n’a changé depuis. Lors de l’ablation du prépuce, on détruit une quantité importante de nerfs et ainsi la superbe sensation du gland rentrant et sortant du prépuce.

Dr David Nunn, Australie. Témoignage traduit depuis l’anglais.

(1) Des années 50 aux début des années 2000 la majorité des Australiens étaient circoncis bien que leur nombre n’ait cessé de décroître. Aujourd’hui, 85 % des jeunes Australiens qui entrent en primaire sont intacts.

Source : https://www.circinfo.org/Personal_stories.html

Témoignage d’Aaron Calloway

Face à ce qu’il perçoit comme une certaine pression sociale et pour essayer de sauver une relation qui bat de l’aile, Aaron Calloway, jeune gay New-Yorkais a décidé de se faire circoncire à l’âge de 21 ans. Auparavant gêné par son statut d’homme intact dans un New-York où la majorité des hommes sont circoncis et où il avait le sentiment qu’avoir des organes sexuels entiers étaient mal vu, il assume sa décision, non sans quelques regrets, notamment au chapitre du plaisir.

« J’ai fréquenté certains cercles où les gens disaient des choses du genre ‘ouais beurk… il était intact‘, moi je ne voulais pas être perçu comme ça. […] quand t’es intact les gens ne pensent même pas que tu puisses ne pas être circoncis. Ils supposent que tu l’es et si tu ne l’es pas, pour eux c’est abominable. »

Q: Comment dirais-tu que c’est perçu de ne pas être circoncis ?

R: C’est étrange parce que ça dépend vraiment de la personne. Ceux qui préfèrent les circoncis ou qui sont circoncis… c’est bizarre comme préférence – ils associent cela tout de suite avec la propreté. Ils considèrent que c’est plus convenable et trouvent étranges les sexes intacts. Ça me fait me poser des questions, c’est en fait bizarre que juste après la naissance on vous coupe une partie du sexe. Je suis fier d’avoir pu prendre la décision par moi-même. Il y a quelque de fort là-dedans.

Q: Ressens-tu moins de sensations maintenant ?

R: Oui, et c’est un point qui me désole un petit peu. Avant j’avais des orgasmes très intenses, au point d’en avoir les jambes qui tremblent et de rejeter la tête en arrière. Maintenant, j’éjacule et voilà, c’est plus calme. Ça fait du bien, oui, mais ce n’est pas aussi intense qu’avant, ce qui était sympa parce que c’était très “chaud”, et maintenant c’est juste : ok.

Source : http://www.salon.com/2015/01/26/i_used_to_have_foreskin_anxiety_what_its_like_to_get_circumcised_as_a_grown_man/

A Personal Account of Adult Circumcision

My  story starts back in my teenage years, before I had started to have sex. Everything was fine when it came to sollitary pleasure, as an intact boy I had no difficulties pulling my foreskin back. Yet since the day a friend of mine showed me the first truely adult films that went beyond eroticism, i.e., which entirely showed the anatomy of both sexes, I asked myself questions about my own penis, for those I saw onscreen were different. Mine was bent downward 90 degrees when erect. I had a bent pipe instead of a straight one.

So my GP had me see a sexologist because of the curvature. The sexologist had me see a urologist who said surgery was necessary. He explained my condition was most probably a congenital deformation of my penis. He explained the surgery (imagine straightening a banana by removing a piece from the upper side), how my penis would lose 1 to 2 cm in length, and how I needed to be circumcised so that my foresking did not extend too much, beyond my shorter penis.

It’s important here to mention that when I was intact I would always use my foreskin to masturbate. I rolled it over my glans back and forth, in a fast or slow motion, thus stimulating my glans entirely (I had enough foreskin to fully cover my glans). I derived pleasure from each forward and backward motion, and most of the time I reached orgasm in a fast motion. This control over speed meant control over my own pleasure. I also remember when I pulled back my foreskin, my penis would smell musky, not in a bad way I thought, rather in an exciting way. That smell was the smell of arousal.

So when the surgeon talked about circumcision, I thought I might as well say goodbye to masturbation. I was wrong, but what came next was far from satisfactory.

The operation was carried out, and it proved successful as far as the curvature was concerned.

The first impressions resulting from the circumcision itself was a feeling of disconfort. Now that my glans remained uncovered the whole time, I could feel it rub against my underwear, which was not pleasant. Before the surgery, if my foreskin happened to be drawn back and my glans exposed, I slightly squeezed the tip of my penis through my clothes in order to pull the foreskin back again, and protect my glans. That I was not able to do any more, having no more foreskin !

When it comes to the look of it, I found my permanently uncovered glans quite indecent and sort of ridiculous as well, as something incongruous. No line was drawn anymore between the covered and uncovered state. No more line either between visible and hidden : the exposed glans is that of the sexual act, so now that it remained ridiculously bare even when flaccid seemed like a deep and cruel contradiction. That’s how a feeling of vulnerability took hold of me, and settled in. On many scores, I just did not recognize my penis anymore visually, and because it had lost its unique smell, as if sanitized,

Furthermore, my glans looked dry in contrast to its shiny and smooth aspect back when I was intact when I had an erection. It seemed so strange to me, and so different from before, that I even saw a dermatologist about that who just told me that’s what happens when you’re circumcised. Just great… When flaccid, I felt I missed the feeling of having my glans covered. My glans, which now rubbed against my underwear, lost in sensitivity.

About a month after the surgery, I started masturbating again, and I felt the difference even more clearly.

When I erect I could not feel pleasure by rolling my skin back and forth. I could not stimulate my glans life before. I was left with little possible motion of my skin over the shaft of my penis. I had lost nuance, had downgraded from 3D to 2D, from technicolour to black and white.

There were psychological consequences as well. There was frustration, a feeling of loss, including feeling less manly (had not someone cut away a part of my genitalia?). I felt also very bad seeing an intact penis, like when classmates came back from the shower after P.E. or on television every now and then. Porn on the internet was even worse. When I saw an uncut actor and an actress playing with foreskin. I felt jealousy, a great deal of anger to the point when I thought « the bastard isn’t even circumcised ! ». I wished every men were cut so I did not have to go through that anger. Even though I knew that reaction of hatred was irrational, I just could not help it. So in order to avoid that anger, that terrible jealousy, all that frustration, I turned away from porn with a man and a woman so I did have to see intact men again. Not long ago I saw a questionnaire on the NORM website that suggested that anger and jealousy were common issues for circumcised men. Only then did I realise my reaction was natural, and that other circumcised men feel the same.

Now, back after my surgery, as my penis was now straight, I could have sex. One of my first times revealed something quite unexpected, as the first time I explored female intimacy with my fingers so to speak, it struck me immediately how it felt so much like my lost inner foreskin, yet again something I missed.

Many years after the operation, I decided to start restoring, and finally found enough perseverance in me, to keep restauring on and on. It is a very long process, but how do I love the first results! I expected to see some skin cover my glans at first, I’m still not there but I very happy, that I can at least pull some skin over my glans. It feels better for me, and for my girldfriend as well as she can see it gives me more pleasure than before!

Une association médicale danoise qualifie la circoncision sans raisons médicales d’ “éthiquement irresponsable”

Une remise en cause sans détours

Dans ses dernières recommandations publiées en décembre de l’année dernière, l’Association Médicale Danoise (Lægeforeningen), forte de 29 185 membres, a qualifié la circoncision de mineurs sans raison médicale d’éthiquement irresponsable.

La circoncision en l’absence de prescription médicale n’est pas éthiquement acceptable dès lors que le patient n’exprime pas son consentement éclairé sur l’opération. Par conséquent, aucun garçon ne devrait être circoncis avant d’avoir 18 ans et d’être en mesure de décider s’il souhaite cette opération.

Source : http://www.huffingtonpost.com/entry/denmarks-29000-doctors-declare-circumcision-of-healthy_us_58753ec1e4b08052400ee6b3

Contrairement à la France où la circoncision des mineurs sans nécessité médicale n’est que rarement envisagée dans une perspective éthique et ne fait pas l’objet d’un débat publique contradictoire, il existe depuis plusieurs années déjà un débat récurrent au Danemark autour de cette pratique. Comme me l’expliquait Mikael Aktor (coprésident de l’association Intact Denmark) lors d’une rencontre en août dernier, c’est même un sujet qui intéresse régulièrement la presse danoise, comme ce fut le cas à l’occasion de l’intervention du Docteur Morten Frisch devant le parlement danois par exemple, ou de manière plus anecdotique mais non moins courante durant la période estivale lorsque les journaux cherchent des sujets intéressant leurs lecteurs.

Un précédent nordique

Ce n’est pas la première fois qu’une association médicale exprime de fortes réserves sur les circoncisions sans raison médicales. Ainsi en 2001 le comité d’éthique de l’Association Médicale Norvégienne avait-il déclaré que la circoncision rituelle viole le code de déontologie de la profession :

Le comité déclare que la circoncision rituelle de jeunes garçons ne présente aucun avantage d’un point de vue médical. Même sous anesthésie locale cette opération cause de la souffrance et présente des risques de complications. Le Comité d’Éthique Médical déclare que la circoncision rituelle de jeunes enfants est incompatible avec les principes majeurs de la déontologie médicale tels qu’ils sont inscrits dans le premier paragraphe du code de la déontologie médicale norvégien. Celui-ci demande aux docteurs d’œuvrer pour la santé, de guérir, soulager et réconforter. Le comité souligne que l’impossibilité de l’enfant à donner son consentement est un point majeur.

Source : http://legeforeningen.no/english/

La douleur dans tout ça : Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? ou la diffusion d’un mythe

Dans une scène de la comédie à grand succès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, il est question de la circoncision rituelle du nourrisson et de la douleur ressentie. Le personnage de David donne voix à une croyance apparemment assez répandue selon laquelle la circoncision du nourrisson serait indolore. Qu’en est-il vraiment ?

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Revenons d’abord brièvement sur le film et la scène en question : Claude est un bourgeois catholique bien franchouillard, qui n’envisage la diversité qu’au travers de stéréotypes. Il a quatre filles : Ségolène, Isabelle, Odile et Laure. Il voit d’un mauvais œil le mariage des trois premières à, respectivement, un chinois (Chao), un musulman (Rachid) et un juif (David). Ce dernier et sa femme font circoncire leur fils Benjamin lors d’une cérémonie rituelle traditionnelle, sans anesthésie mais seulement une solution sucrée à téter apparemment. Lors du repas suivant la circoncision, Marie, la femme de Claude, va voir le bébé dans son couffin :

Marie : Il n’arrête pas de sourire ! Il n’a pas l’air traumatisé en tout cas.
David : Évidemment Marie il a quasiment rien senti.
Claude : Rien senti ? On lui a quand même coupé le prépuce…. on lui a pas donné un sucre d’orge. Pardonnez-moi David mais je trouve ça limite barbare.
David : Je vous assure Claude : à huit jours le système nerveux de l’enfant n’est pas entièrement bien formé.

Qu’en dit la science ?

Pr. Daniel Annequin, anesthésiste et responsable de l’unité douleur à l’hôpital Armand-Trousseau :

“Grâce à des études menées aux États-Unis, on a pu mesurer le niveau de douleur lors de la circoncision des petits garçons. On a pu constater que les nouveaux-nés qui n’ont pas d’antalgiques ont des scores de douleur maximum. On est dans le cas d’une chirurgie certes brève, mais ça reste une chirurgie. C’est vrai qu’il existe les solutions sucrées, les anesthésies locales mais toutes les études montrent que cela ne suffit pas. Il est sûr que l’on va faire baisser les scores de douleur mais globalement il faut associer trois, quatre voire cinq moyens antalgiques pour pouvoir opérer en ambulatoire, l’idéal est quand même le gold center c’est-à-dire l’anesthésie générale.

“On a des scores comportementaux, c’est-à-dire des observations de la mimique, des cris, des pleurs… On dispose actuellement d’une dizaine de grilles parfaitement validées qui mesurent la douleur et on voit que la grande majorité des petits garçons subissent une douleur maximale, même si 5 à 10 % d’entre eux ont des réactions moins importantes.”

Source : Allodocteurs

Le monde médical s’est posé la question depuis plusieurs année déjà. Dès 1997, une étude canadienne s’est donnée pour objectif d’évaluer la douleur ressentie par les nourrissons lors d’une circoncision selon différentes méthodes de traitement de la douleur. Le groupe témoin comprenait des bébés que l’on circoncisait sans anesthésie. L’évaluation de la douleur relevée dans ce groupe était telle que les chercheurs décidèrent de mettre fin à leur étude prématurément en considérant qu’infliger une telle douleur était contraire à leurs principes éthiques. Par ailleurs l’étude conclut qu’aucun traitement de la douleur essayé lors de cette étude ne s’était montré totalement efficace.

Que dire par ailleurs de Rachid qui dans la même scène dit garder un “très bon souvenir” de sa circoncision quand il était jeune garçon ? Sans anesthésie cela semble assez difficile à croire. Que l’on pense seulement au sketch de Jamel sur sa circoncision, lui ne semble pas en garder un souvenir aussi plaisant.

En résumé, le film pose la question de l’importance de la douleur dans la circoncision de manière totalement biaisée en véhiculant le mythe déconstruit par la science de la circoncision à vif sans douleur. Par ailleurs en jouant ouvertement sur les clichés interculturels, ce film caricature le personnage qui exprime des réserves sur la circoncision rituelle en beauf intolérant vis-à-vis des autres cultures et se refuse ainsi à accepter la complexité du débat. Beaucoup de ceux qui pensent que la pratique de la circoncision rituelle des mineurs est discutable ne ressemblent pas à ce Claude. Bien heureusement.

Une douleur reconnue et traitée dans d’autres pays

Notons ici que le sujet de la douleur est pris très au sérieux ailleurs dans le monde. Ainsi la Suède a-t-elle adopté une législation qui rend obligatoire la prise en charge de la douleur par une personne compétente (docteur ou infirmière) lors des circoncisions religieuses. En Allemagne, le Comité d’éthique (Ethikrat) ainsi que les principaux partis, la CDU, le Parti libéral et aussi le SPD avaient demandé en 2012 au gouvernement allemand qu’il se penche sur la question pour assurer “une circoncision médicalement appropriée des garçons sans douleur inutile” (Le Monde, septembre 2012).  Si l’on considère que la législation suédoise est entrée en vigueur en 2001, force est de constater que la France est très en retard sur la question malgré des appels à une prise en charge de la douleur dans le cadre des circoncisions rituelles, comme celui du Docteur Michel Cymes.

Voir aussi : Jewish circumcision: an alternative perspective, BJU International (1999), 83, Suppl. 1, 22–27 (notamment le paragraphe Pain and trauma).

Quiz : que savez-vous sur le prépuce et la circoncision ?

1. Quelle est la taille moyenne du prépuce chez l’homme adulte :
Entre 50 et 90 cm² – du tiers à plus de la moitié d’une carte postale de taille standard (A6)
source : Taylor JR, Lockwood AP, Taylor AJ. The prepuce: specialized mucosa of the penis and its loss to circumcision. Br J Urol. 1996;77:291-5, audition du Dr Morten Frisch au parlement danois : http://www.blog.sami-aldeeb.com/2014/12/17/audition-sur-la-circoncision-au-parlement-danois-video/
de 4 cm² à 13 cm² – de la taille d’un petit timbre poste à celle d’une pièce de 2€ (pile et face)
de 13 cm² à 50 cm² – de la taille d’une pièce de 2€ (pile et face) à plus de la moitié de la taille d’un billet de 5€
2. A quoi sert le prépuce ?
procurer du plaisir, recouvrir et protéger le méat urinaire, stimuler le gland en coulissant dessus d’avant en arrière
stimuler le gland en coulissant dessus d’avant en arrière
oui, mais pas seulement…
recouvrir et protéger le méat urinaire
oui, mais pas seulement…
aucune de ces réponses
3. A quel âge les garçons parviennent-ils à décalotter entièrement en moyenne ?
10 ans
Une étude danoise a montré qu’on ne peut décalotter la plupart des nourrissons, ce qui est normal. 6,5% des bébés peuvent être décalottés avant 3-4 ans. L’âge moyen pour décalotter naturellement est 10,4 ans et la plupart des garçons parviendront à décalotter avant l’âge adulte. Cependant 1 à 2% garderont un prépuce qui ne décalotte pas, ce qui est rarement un problème. Source : Øster J. Further fate of the foreskin: incidence of preputial adhesions, phimosis, and smegma among Danish schoolboys. Arch Dis Child. 1968;43:200-3
à la naissance
6 mois
1 an
5 ans
4. La circoncision s’est popularisée dans les pays anglo-saxons au début du XIXè siècle pour guérir de :
la masturbation
oui, mais pas seulement…
l’épilepsie
oui, mais pas seulement…
la démence
oui, mais pas seulement…
la paralysie
oui, mais pas seulement…
la masturbation, l’épilepsie, la démence et la paralysie
5. Dans le cas des pays occidentaux, il a été prouvé que la circoncision est un moyen efficace de prévenir :
le cancer du col utérin
le cancer du pénis
les infections de la vessie
le SIDA
Au Lesotho dont la moitié des hommes sont circoncis, le SIDA frappe 22,8% des circoncis contre 15,2% des intacts. “au Cameroun où 93 % de la population est circoncise, la prévalence du VIH chez les hommes circoncis est de 4,1 % contre 1,1 % pour les non-circoncis” (Conseil national du SIDA). De même, une enquête menée en 2006 par le Swaziland Central Statistical Office (10) a déterminé que le taux de SIDA était de 21,8% chez les circoncis contre 19,5% chez les intacts. L’enquête à long terme d’un chercheur de l’Institut Pasteur (5) sur 13 pays africains ne montre pas de différence entre les circoncis et les intacts. Une étude menée en 2006 (11) “n’a pas détecté l’association attendue entre la circoncision et la séroposivité”. La similarité des taux de SIDA en Suède et en Israël montre que la circoncision n’a rien à voir à l’affaire. Source : http://gayglobe.us/blog/?p=4705
toutes les réponses précédentes
aucune des réponses précédentes
6. La circoncision du nourrisson est :
recommandée par les médecins
sans risque et indolore
un moyen prouvé de protéger de plusieurs pathologies
toutes les réponses précédentes
aucune des réponses précédentes
7. Sur le plan sexuel, plusieurs études on montré que les hommes circoncis ressentent en majorité :
les mêmes sensations que les hommes non circoncis
moins de sensations que les hommes non circoncis
plus de sensations que les hommes non circoncis
8. dans les cas de pathologies du prépuce (phimosis etc.) il n’y a jamais d’alternative non chirurgicales à la circoncision.
VRAI
FAUX
9. Que trouve-t-on dans le prépuce ?
des muqueuses
oui, mais pas seulement…
des récepteurs sensoriels (sensibles à la douleur et au toucher)
oui, mais pas seulement…
des terminaisons nerveuses
oui, mais pas seulement…
toutes les réponses précédentes
aucune des réponses précédentes
10. Combien y a-t-il de terminaisons nerveuses dans le prépuce ?
0, ce n’est pas un tissu innervé
5 à 10 000
10 à 20 000
certains affirment même qu’il y en aurait jusqu’à 70 000 ! Source : http://thecircumcisiondecision.com/20000-nerve-endings/

Références :

(1) Rozenbaum W., Bourdillon F., Dozon J-P. et al. Report on Male Circumcision: An arguable method of reducing the risks of HIV transmission. Conseil national du SIDA, 2007: 1-10.

http://www.cns.sante.fr/spip.php?article277&decoupe_recherche=circoncision

(2) Alkatout I. et al. Sexual behaviour as the limiting and linking factor in HIV-infected people in rural Zimbabwe. Int J of STD & AIDS 2007; 18 (10), 688-91.

(3) Devon D., Brewer et al; Male and female circumcision associated with prevalent HIV infection in Virgins and adolescents in Kenya, Lesotho and Tanzania. Annals of epidemiology 2007; 2 (3) : 217-26.

(4) Dowsett G.,Murray Couch. Male circumcision and HIV prevention: is there really enough of the right kind of evidence? Reprod Health Matters 2007; 15 (29): 33-44.

http://www.cirp.org/library/disease/HIV/dowsett2007/

(5) Garenne M. Long term population effect of male circumcision in generalized HIV epidemic in sub-Saharan Africa. African Journal of AIDS research 2008 ; 7 (1) : 1–8.

(6) Siegfried N, Muller M, Volmink J. et al. Male circumcision for prevention of heterosexual acquisition of HIV in men. In : The Cochrane Library, 3, 20 03.

http://www.mrc.ac.za/policybriefs/Malecircumcision.pdf

(7) Green G. McAllister R., Peterson K., Travis J. Male circumcision is not the HIV ‘vaccine’ we have been waiting for ! Future HIV therapy 2008 ; 2 (3), 193-199.

(8) Sidler D., Smith J., Rode H.Neonatal circumcision does not reduce HIV/AIDS infectionrates. SAMJ2008 ; 98 (10). http://www.circumcisionandhiv.com/files/SAOpinion.pdf

(9) Connolly C., Leickness C., Shanmugam R., Nqeketo A. Male circumcision and its relationship to HIV infection in South Africa: results of a national survey in 2002. S Afr Med J 2008 ; 98 : 789-794. http://www.circumcisionandhiv.com/files/254-12519-1-PB.pdf

(10) Swaziland Central Statistical Office. Swaziland Demographic and Health Survey 2006-7. p. 227.

http://www.measuredhs.com/pubs/pdf/FR202/FR202.pdf

(11) Green L., Travis J., McAllister R, Kent, Peterson K., Vardanyan A., Craig A., Male circumcision and HIV prevention : Insufficient evidence and neglected external validity. American Journal of Preventive Medicine 2010, 39 (5 ), 479-482.

(12) Van Howe R., Storms M. How the circumcision solution in Africa will increase HIV infections. Journal of Public Health in Africa 2011; 2:e4.

http://www.publichealthinafrica.org/index.php/jphia/article/viewArticle/jphia.2011.e4/html_9

(13) Westercamp M., BaileyR., Bukusi E., MontandonM., KwenaZ., Cohen C. Male circumcision in the general population of Kisumu, Kenya: beliefs about protection, risk behaviors, HIV, and STIs. PLoS ONE 5(12): e15552. doi:10.1371/journal.pone.0015552