Les idées claires ?

Si vous êtes arrivé-e sur cette page en suivant un lien publié par M. Berteaux-Navoiseau, le blog La dague et le fourreau tient à affirmer, en accord avec ses propres valeurs, qu’il s’oppose formellement aux thèses développées par M. Berteaux-Navoiseau et ne souhaite y être associé d’aucune manière. Ses thèses constituent en effet une instrumentalisation inacceptable de la douleur de femmes et d’hommes victimes de mutilations sexuelles.

La Dague et le fourreau

Il y a quelques semaines je tombai sur une chronique de 2012 de la psychanalyste Caroline Eliacheff défendant la circoncision, chronique que l’on peut trouver sur France Culture et dans le Huffington Post. Stupéfait par les arguments avancés par Madame Eliacheff je décidai de lui envoyer en réaction un courriel le 10 juillet dernier, puis un courrier quelques jours plus tard. Je n’ai à ce jour reçu aucune réponse. Je me suis proposé d’en faire une lettre ouverte et de partager mon message avec vous :

Lettre ouverte à Caroline Eliacheff

Madame Eliacheff,

Je vous écris pour vous témoigner mon admiration pour votre chronique Les Idées Claires sur la circoncision d’il y a quatre ans, diffusée sur France Culture. En effet quelle époque absurde dans laquelle on voudrait laisser les enfants décider de tout pour eux-même au mépris de la compréhension supérieure que les adultes ont de leurs intérêts ! J’ai beaucoup aimé votre exemple de l’enfant qui déciderait de lui-même de son nom et prénom, très caustique ! On voit bien de même l’incongruité d’un tribunal laïque d’un état démocratique s’arrogeant le droit de considérer la circoncision comme une atteinte corporelle irréparable tandis qu’on ne peut que constater l’intérêt esthétique qu’il y a dans la circoncision.

J’en ai même parlé à un ami qui, s’inspirant des idées développées dans votre chronique, s’est rendu au bureau d’état civil de sa commune. Le dialogue qu’il a engagé avec la fonctionnaire de l’état civil est de ce point de vue tout à fait édifiant, je me propose de vous en rendre compte :

« – Bonjour Madame, dans le cadre d’un changement de religion, j’aimerais me dégager de l’alliance qui m’a été imposée étant enfant. J’aimerais donc que l’état civil, qui a pouvoir de changer mon nom, exerce son pouvoir pour me rendre mon prépuce, ayant moi-même été circoncis quand j’étais petit.

– Mais Monsieur, on ne fait pas cela ici, a-t-elle répondu, amusée. Un peu gênée cependant elle a continué : l’état civil ne vous fera pas repousser un prépuce…

– Pourtant un enfant ne pouvant décider de son prénom étant enfant, il peut en changer à sa guise étant adulte ! Aussi j’aimerais de même retrouver mon prépuce. Le tribunal de Cologne a dit que la circoncision était une atteinte corporelle ir-ré-pa-rable. C’est un non sens ! Pas d’irréparable qui tienne, je veux que mon atteinte corporelle soit réparée !

– (silence)

– Pouvez-vous au moins m’indiquer le service d’État qui s’en charge ?

– Mais ça n’existe pas…

– Pas même un bureau des prépuces perdus ? »

Le pauvre n’a pas entendu la réponse, soudain éloigné du bureau et sous les vociférations des deux types du service de sécurité.

Un peu déçu mais pas découragé par cette anecdote, m’en référant à ce que vous dites, que toute alliance passe par une coupure, j’ai proposé à ma compagne et future femme de lui couper une partie de son corps pour symboliser notre prochaine alliance, notre mariage donc. Devant sa réaction d’une violence incompréhensible, j’ai transigé en lui répondant du tac au tac :

– « Même si je te laisse décider de la partie à couper ? ».

Étrangement à ce moment précis elle est sortie en claquant la porte. Incompréhensible. Ce fut long mais elle est revenue. Pensant trouver dans la psychanalyse une grande source d’apaisement, pour calmer les esprits je lui ai parlé de Lacan et des phimosis dégueus des statues grecques.

– « Alors là d’accord ! », m’a-t-elle dit.

Sans tarder je lui ai donc proposer une plastie des grandes lèvres ou au moins une ablation du capuchon de son clitoris parce qu’en fait je trouve pas ça très esthétique non plus, enfin c’est dégueulasse quoi. Et puis tant qu’à faire si on a une fille on fera cette opération alors qu’elle est encore enfant, comme ça elle sera débarrassée. La porte a reclaqué… incompréhensible…Je me suis demandé ce que j’avais dit de travers. Le phimosis peut-être ? Mais c’est quoi d’abord ? Une insulte peut-être ? ce qui expliquerait sa réaction. Je suis allé voir d’un peu plus près ce que c’est que ce « phimosis » dont parle M. Lacan. Quelle n’a pas été ma surprise en lisant que c’est une condition pathologique constatable sur un sexe en érection ! « Alors donc » (me suis-je dit), « soit les antiquaires dont parle M. Lacan lui apportaient des sculptures de sexes en érection, mais c’est plutôt le genre des romains (et sans phimosis du reste) ou alors c’étaient des sexes au repos. Avec le prépuce sur le gland. Soit l’apparence naturelle d’un sexe au repos. Soyons juste avec M. Lacan et sa confusion sur le phimosis, il n’était pas anatomiste et en 1962 il n’avait pas internet pour vérifier.

 Quant à réduire l’ambiguïté du type sexuel, je m’en suis référé à Freud qui parle d’avatar de la castration ou encore à John Fitzgerald Kennedy circoncis à l’âge adulte : « Lorsque vous êtes circoncis à un âge tardif, c’est une sorte de castration, une menace à sa virilité » parmi d’autres témoignages d’hommes, chose étrange, qui dénoncent leur circoncision.

Alors donc après toutes ces aventures je me suis dit que peut-être je devrais changer mon regard sur la circoncision et qu’après tout je ne pouvais pas faire l’impasse sur ses conséquences physiques et psychologiques, la douleur physique qu’elle engendre, sans parler des questions éthiques qu’elle soulève.

Et d’un coin de ma tête a ressurgi le souvenir de ces femmes et ces hommes, ces figures, qui se sont interrogés sur la circoncision, l’ont remise en question ou ont témoigné de la douleur causée : le père du sionisme Theodor Herzl, Frank Capra, le grand mathématicien Alan Turing, W.H. Auden, Jacques Derrida, la star des ondes FM aux Etats-Unis Howard Stern, Ben Affleck, Russel Crow, Cameron Diaz, Billy Joel, le chirurgien Sir Geoffrey Langdon Keynes (frère de l’économiste), l’anthropologue Leonard Glick, Sophia Aram, Riad Sattouf… Et je me suis demandé : combien d’anonymes derrière chacun de ces noms ? Quelles souffrances ? Quelles douleurs ? Et j’ai pensé aux hommes circoncis sans leur consentement et à leurs compagnes ou compagnons, aux raffinements dans le plaisir et aux jeux sexuels que le prépuce permet et qu’ils ne connaîtront jamais.

Heureusement à l’opposé je me suis souvenu aussi de ces parents juifs américains et israéliens de plus en plus nombreux à porter un nouveau regard sur la circoncision, notamment par le Brit Shalom (cérémonie alternative à la Brit Milah) et j’ai pensé à Mohamed Louizi qui lutte pour la même cause dans la communauté musulmane.

J’ai discuté avec des femmes et des hommes de la circoncision et lu des témoignages. Certaines femmes préfèrent avec, d’autres sans. Pour certains hommes la perte est acceptable tandis que d’autres n’y ont trouvé que douleur et frustration. J’aurais donc une suggestion : finalement on pourrait peut-être laisser les individus choisir par et pour eux-même, non ?

Bien à vous,

PS : j’oubliais, je confirme les dires de John F. Kennedy. On m’a circoncis à l’âge de 16 ans. Chose étrange je n’y ai trouvé que des inconvénients. Chose étrange… c’est peut-être moi…

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