La circoncision est-elle une mutilation ?

En toute logique la circoncision devrait être classée parmi les mutilations sexuelles. Explications.

La comparaison entre circoncision surgit régulièrement lors des débats autour de la circoncision. Les défenseurs de la circoncision affirment souvent que l’on ne peut comparer les deux pratiques car l’équivalent de l’excision chez l’homme serait l’ablation du gland. Pour résumer les choses simplement, “c’est pas pareil”.

Lorsque je me suis intéressé de nouveau aux mouvements intactivistes américains il y a environ deux ans, je me souviens avoir été interpellé par la pancarte d’un manifestant revendiquant une égalité de traitement entre l’excision et la circoncision masculine. IMG_5480J’ai trouvé ça un peu exagéré. Depuis le jour où ma propre circoncision m’a fait me poser des questions sur la légitimité de la circoncision des mineurs, j’ai été contre pour de multiples raisons. Mais tenant toujours à la précision du vocabulaire utilisé, j’étais extrêmement prudent vis-à-vis du parallèle avec l’excision puisqu’il m’apparaissait évident que celles-ci étaient pires que l’ablation du prépuce et que la comparaison semblait dangereuse en ce qu’elle semblait porter en elle soit une exagération des conséquences de la circoncision (pourtant bien réelles) ou une atténuation de la gravité des mutilations sexuelles féminines. Mon engagement dans une association de lutte contre les mutilations sexuelles m’a amené à m’intéresser de plus près à l’excision et aux mutilations sexuelles féminines. C’était le début d’un chemin qui allait m’amener à reconsidérer le question de l’emploi du mot « mutilation ».

Pour beaucoup de gens l’excision est le premier mot qui leur vient à l’esprit lorsqu’on évoque les mutilations sexuelles féminines (MSF) en prenant le mot terme excision pour désigner l’ablation du clitoris. L’enjeu de la possibilité d’une comparaison MSF/circoncision réside dans le fait que les MSF recouvrent des réalités bien plus diverses que la seule excision du clitoris.

L’OMS définit et classe les mutilations sexuelles féminines selon la typologie suivante (sur laquelle s’appuie le droit français) :

Les mutilations sexuelles féminines recouvrent toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins qui sont pratiquées pour des raisons non médicales.

Les mutilations sexuelles féminines se classent en 4 catégories:

  • Type 1- la clitoridectomie: ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris).
  • Type 2 – l’excision: ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres (replis internes de la vulve), avec ou sans excision des grandes lèvres (replis cutanés externes de la vulve).
  • Type 3 – l’infibulation: rétrécissement de l’orifice vaginal par recouvrement, réalisé en sectionnant et en repositionnant les petites lèvres, ou les grandes lèvres, parfois par suture, avec ou sans ablation du clitoris (clitoridectomie).
  • Type 4 – les autres interventions: toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.

Source : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs241/fr/

Ce classement permet de tirer deux conclusions :

– d’abord que l’ablation du prépuce du clitoris, l’équivalent anatomique du prépuce du pénis, bien que rarement pratiquée seule n’en demeure pas moins une mutilation sexuelle selon l’OMS et le droit français.

– deuxièmement qu’en fin de compte il n’existe aucune atteinte aux organes sexuelles des femmes qui ne soit pas classée comme MSF. A partir du moment où la lame tranche dans les organes sexuels, ou autre atteinte physique, il y a mutilation (1).

Que l’on remplace le mot fille par garçon, femme par homme et la conclusion est indubitablement que l’ablation du prépuce du pénis constitue bel et bien une mutilation sexuelle. Comme les MSF, les mutilations sexuelles masculines sont diverses, de la circoncision à la subinscision (sur ce sujet voir Circoncision, le complot du silence de Sami Aldeeb, p14).

Il n’est d’ailleurs pas anodin qu’autrefois la différence entre les termes utilisés n’était pas aussi distincte puisque l’on utilisait le terme de circoncision féminine pour parler de ce que l’on nomme maintenant MSF : « depuis 1990, l’OMS et autres organisations ont décidé d’utiliser le terme de mutilations génitale féminine et d’abandonner celui de circoncision féminine » (ibid). Il n’est donc pas surprenant plusieurs acteurs de la lutte contre les MSF, comme Fabienne Richard, classent la circoncision masculine parmi les mutilations sexuelles. Une autre militante, Ayaan Hirsi Ali, explique dans une vidéo que la circoncision masculine peut s’avérer parfois pire que son équivalent féminin. Quant à elle, la militante féministe Nawal al-Saadawi, s’insurge sans détours contre la circoncision masculine, la qualifiant d’ “opération barbare”. De son côté, l’américaine Hanny Lightfoot-Klein s’est attelée entre autre à souligner la ressemblance des discours sociaux autour des MGF et de la circoncision. Enfin on compte parmi les ONG anti MSF qui ont pris position contre la circoncision des mineurs : TABU, (I)NTACT et TERRE DES FEMMES.

Une fois cet éclaircissement des termes opérés et face à cette contradiction dans le traitement des MSF et la circoncision, deux attitudes radicalement opposées s’affrontent : la première consiste à revendiquer le déclassement de certaines mutilations sexuelles féminines, un pas que n’hésite pas à franchir le conseil des musulmans de Calgary dans un long argumentaire (en anglais) en faveur de certaines formes de MSF. Les détracteurs de ce point de vue revendiquent au nom de la cohérence le classement de la circoncision parmi les mutilations sexuelles et appellent à plus de cohérence également lorsqu’il s’agit du droit des enfants.

En conclusion l’OMS et d’autres organisations qui portent le combat contre les MSF s’empêtrent dans leurs propres contradictions quand il s’agit de circoncision mais cette confusion reste enfouie sous la surface tant que l’on se trompe dans les termes des comparaisons entre MSF et circoncision. C’est dans ce contexte que la souffrance de certains hommes circoncis enfant ou adulte se heurte à un mur de silence.

Note :
(1) Sur le sujet les propos de notre actuel président sont sans ambiguïté :

“Il n’y a aucun relativisme culturel qui puisse expliquer qu’on réduise et qu’on mutile. Et je vous le dis ici clairement, la France sera ferme sur tous ses engagements.

Mais nous veillerons aussi, pour les femmes françaises qui sont soumises à l’excision, à traquer partout ceux qui pratiquent cette barbarie, à aider les associations mais aussi les services médicaux qui réparent et protègent.”

Source : http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-de-la-republique-a-l-occasion-de-la-journee-internationale-pour-l-elimination-de-la-violence-a-l-egard-des-femmes-et-du-lancement-de-la-grande-cause-du-quinquennat/

 

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