“C’est pas pareil”

Il est important d’appeler les choses par leur nom : la circoncision est bien une mutilation sexuelle.

Souvent il arrive lorsqu’un échange sur la circoncision et le droit individuel des enfants à l’intégrité physique et plus tard à l’autodétermination religieuse (i.e. de ne pas avoir une religion que l’on n’a pas choisie marquée dans sa chaire de manière irréversible), au moment où l’on évoque à la fois la circoncision et les mutilations sexuelles féminines (MSF), que surgisse l’objection « oui mais c’est pas pareil ».

Lorsque je me suis réintéressé aux mouvements intactivistes américains il y a environ deux ans, je me souviens avoir vu la pancarte d’un manifestant revendiquant une égalité de traitement entre les MSF et la circoncision masculine. IMG_5480J’ai trouvé ça un peu fort de café. Depuis le jour où je me suis posé des questions sur la légitimité de la circoncision des mineurs, c’est-à-dire depuis que ma propre circoncision à 16 ans m’a forcé à me poser des questions sur ce sujet, j’ai été contre pour de multiples raisons. Mais tenant toujours à la précision du vocabulaire utilisé, j’étais extrêmement prudent vis-à-vis du parallèle avec les MSF puisqu’il m’apparaissait évident que celles-ci étaient pires que l’ablation du prépuce et que la comparaison semblait dangereuse en ce qu’elle semblait porter en elle soit une exagération des conséquences (bien réelles pourtant) de la circoncision ou une minimisation de la gravité des mutilations sexuelles féminines.

Mon engagement dans une association contre toutes les formes d’atteintes aux organes sexuels m’a amené à m’intéresser de plus près aux mutilations sexuelles féminines. C’était le début d’un chemin qui allait m’amener à reconsidérer le question de l’emploi du mot « mutilation ».

Lorsqu’on évoque les MSF, la première chose qui vient à l’esprit de beaucoup de gens, c’est le mot « excision » dans le sens d’ablation du clitoris. Pourtant les MSF recouvrent un nombre de pratiques beaucoup plus diverses et des mutilations hélas très variées. L’OMS les définit et les classe ainsi :

Les mutilations sexuelles féminines recouvrent toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins qui sont pratiquées pour des raisons non médicales.

Les mutilations sexuelles féminines se classent en 4 catégories:

  • Type 1- la clitoridectomie: ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris).
  • Type 2 – l’excision: ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres (replis internes de la vulve), avec ou sans excision des grandes lèvres (replis cutanés externes de la vulve).
  • Type 3 – l’infibulation: rétrécissement de l’orifice vaginal par recouvrement, réalisé en sectionnant et en repositionnant les petites lèvres, ou les grandes lèvres, parfois par suture, avec ou sans ablation du clitoris (clitoridectomie).
  • Type 4 – les autres interventions: toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.

Source : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs241/fr/

Quand j’ai découvert ces informations, j’en ai tiré deux conséquences qui mènent inexorablement à la même conclusion :

– d’abord que l’ablation du prépuce du clitoris, soit l’équivalent anatomique du prépuce du pénis, bien que rarement pratiquée seule n’en demeure pas moins une mutilation sexuelle selon l’OMS.

– deuxièmement qu’en fin de compte il n’existe aucune atteinte aux organes sexuelles des femmes qui ne soit pas classée comme MSF. A partir du moment où la lame tranche dans les organes sexuels, ou autre atteinte physique, il y a mutilation.

Que l’on remplace le mot fille par garçon, femme par homme et la conclusion est indubitablement que l’ablation du prépuce du pénis est une mutilation sexuelle. Comme les MSF, les mutilations sexuelles masculines sont diverses, de la circoncision à la subinscision (sur ce sujet voir Circoncision, le complot du silence de Sami Aldeeb, p14).

Il est intéressant de noter à ce sujet qu’autrefois la différence n’étaient pas si distincte dans le vocabulaire employé puisqu’on utilisait le terme de circoncision féminine pour parler de ce que l’on nomme maintenant MSF : « depuis 1990, l’OMS et autres organisations ont décidé d’utiliser le terme de mutilations génitale féminine et d’abandonner celui de circoncision féminine » (ibid). D’ailleurs plusieurs acteurs de la lutte contre les MSF, comme Fabienne Richard, n’hésitent pas à classer la circoncision masculine dans les mutilations sexuelles, ou encore la militante contre les MSF Ayaan Hirsi Ali, qui explique dans une vidéo que la circoncision masculine est finalement pire que son équivalent féminin (ablation du prépuce du clitoris).  Tolérer la circoncision masculine reviendrait à considérer qu’il existerait pour tous, femmes et hommes des « petites mutilations » somme toute acceptables et légitimes. L’accepter est un recul pour tous.

Voici en conclusion ce qui m’a amené à considérer que l’OMS et d’autres organisations, pourtant louables dans leur lutte contre les MSF, sont prises dans leurs propres contradictions et que dans l’intérêt des jeunes garçons il est temps d’avancer pas à pas dans un dialogue avec ceux qui la pratique une requalification de la circoncision. Car oui la circoncision est bien une mutilation sexuelle. En témoignent également ces récits d’hommes circoncis à l’âge adulte.

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