Témoignages

Par Jose Orosco.

Je souhaite partager avec vous mon vécu face à la circoncision et comment celle-ci m’a personnellement affecté.

J’ai été intact jusqu’à mes 15 ans, dont deux années où j’étais actif sexuellement. J’avais beaucoup de sensations, j’avais du plaisir quatre à cinq fois par jours. A 17 ans, tout juste deux ans après avoir été circoncis*, j’en étais à une fois par jour. Puis à mes 20 ans j’ai commencé à avoir des difficultés à avoir et maintenir une érection. On m’a diagnostiqué une dysfonction érectile.

Ce n’est qu’à la naissance de mon deuxième fils avant d’avoir 30 ans que j’ai commencé à faire des recherches sur les effets de la circoncision et que j’ai réalisé d’où venaient mes si nombreux problèmes. Vers mes 30 ans j’ai décidé d’essayer la restauration du prépuce. Je voulais voir si elle pouvait me permettre de retrouver une partie des sensations que j’avais perdues. Tous les jours je maintenais mon gland couvert grâce à une tétine et j’ai commencé à sentir une différence importante au bout de deux semaines. J’avais beaucoup gagné en sensations et ne souffrais plus d’impotence.

J’ai appris que le gland est censé rester hydraté (ce que la tétine permettait en capturant l’humidité) et que le prépuce est constitué d’une membrane muqueuse, comme les yeux ou l’intérieur de la bouche. Si nos yeux s’assèchent, nous perdons la vue. Si notre bouche s’assèche, nos temps pourriront. Si notre gland ne reste pas couvert, il finit par se déssécher et perd en sensibilité.

Toutes les parties du corps servent à quelque chose. Les hommes circoncis à la naissance ne savent pas ce qu’ils manquent. C’est comme passer de la télévision couleur au noir et blanc. Je vais maintenant passer le reste de ma vie à essayer de retrouver ce que j’avais auparavant.

La circoncision cause des dommages, il s’agit de quelque chose de dangereux. Je ne le pensais pas avant mais maintenant je sais ce qu’il en est. S’il vous plaît, protéger vos fils.

* Jose a été circoncis à la fin de son adolescence pour satisfaire aux préférences sexuelles de sa petite amie d’alors. Aujourd’hui il regrette énormément d’avoir transformé son corps et d’avoir perdu les fonctions de son prépuce.

static1.squarespace.comJose Orozco est né et a grandi au Texas, à Fort Worth. Sa fiancée et lui ont quatre enfants. Il fait de la boxe depuis 25 ans et est cinq fois champion des Gants d’Or du Texas (Texas Golden Gloves).

 

Traduit depuis l’anglais avec la permission de l’auteur. Témoignage original : https://www.yourwholebaby.org/without-his-foreskin.

Un grand merci à Jose de permettre la traduction de son témoignage en français et à Jen de YourWholeBaby de m’avoir mis en contact avec Jose.

—————————————————-

La circoncision a eu lieu dans un hôpital. Je fus pour cela anesthésié et ne me rappelle rien de l’opération. Je me rappelle que j’ai eu des sutures assez importantes autour du gland et que la cicatrisation n’a pas été optimale. L’endurance sexuelle, que tant de personnes vantent, s’est traduite pour moi hélas par une perte de sensibilité au niveau du gland. D’un côté, du fait qu’il est constamment exposé, il me faut plus de temps pour atteindre l’orgasme, d’un autre côté chaque orgasme a clairement comme perdu en couleurs. Aujourd’hui, avec de la chance, j’arrive encore à atteindre un orgasme satisfaisant, hélas il arrive aussi bien trop souvent, que mes relations sexuelles entraînent douleur et surexcitation chez moi. Je dois souvent mettre moi-même la « main à la pâte » pour me satisfaire. Moi seul peux sentir quelle « pression » exercer sur mes parties intimes. Rien de tout cela n’était ainsi auparavant.

Steffen Rehm, traduit depuis l’allemand

———————————-

J’ai été circoncis alors que j’avais 20 ans à cause d’un phimosis sévère. J’ai consulté deux urologues qui m’ont tous les deux conseillé la circoncision. Aucun n’a proposé d’utiliser une crème, de la pommade ou de faire des exercices d’étirement de la peau. Avec le recul je dois dire que ce fut une des pires erreurs de ma vie. Il y a une énorme différence de sensibilité entre l’avant et l’après. J’ai l’impression de ne presque plus rien sentir au moment de l’orgasme ou pendant la pénétration. Si je pouvais revenir dans le temps, je préférerais dans tous les cas essayer d’étirer la peau manuellement plutôt que de me faire circoncire.

Patrick L., 34 ans, traduit depuis l’allemand

———————————-

J’ai été circoncis d’urgence à l’âge adulte suite à un paraphimosis sévère. […] Trois mois après je pouvais de nouveau me masturber et avoir des rapports sexuels, mon gland maintenant découvert en permanence était tellement sensible que malheureusement j’éjaculais très rapidement de manière incontrôlée. Cependant au cours du mois suivant les sensations ont progressivement diminué jusqu’à perdre toute sensibilité. Même au contact d’eau glacée ou d’eau très chaude je ne sentais plus rien au niveau du gland, alors que le contact avec l’eau chaude l’eau froide sur la hampe de mon pénis était très désagréable, ce fut un choque !

Je suis un homme qui a souffert de sa circoncision. D’autres hommes ont une expérience différente. En fin de compte un pénis circoncis est un pénis mutilé.

Christopher Sewell, traduit depuis l’anglais

———————————-

Face à ce qu’il perçoit comme une certaine pression sociale et pour essayer de sauver une relation qui bat de l’aile, Aaron Calloway, jeune gay New-Yorkais a décidé de se faire circoncire à l’âge de 21 ans. Auparavant gêné par son statut d’homme intact dans un New-York où la majorité des hommes sont circoncis et où il avait le sentiment qu’avoir des organes sexuels entiers étaient mal vu, il assume sa décision, non sans quelques regrets, notamment au chapitre du plaisir.

« J’ai fréquenté certains cercles où les gens disaient des choses du genre ‘ouais beurk… il était intact‘, moi je ne voulais pas être perçu comme ça. […] quand t’es intact les gens ne pensent même pas que tu puissent ne pas être circoncis. Ils supposent que tu l’es et si tu ne l’es pas, pour eux c’est abominable. »

Q: Comment dirais-tu que c’est perçu de ne pas être circoncis ?

R: C’est étrange parce que ça dépend vraiment de la personne. Ceux qui préfèrent les circoncis ou qui sont circoncis… c’est bizarre comme préférence – ils associent cela tout de suite avec la propreté. Ils considèrent que c’est plus convenable et trouvent étranges les sexes intacts. Ça me fait me poser des questions, c’est en fait bizarre que juste après la naissance on vous coupe une partie du sexe. Je suis fier d’avoir pu prendre la décision par moi-même. Il y a quelque de fort là-dedans.

Q: Ressens-tu moins de sensations maintenant ?

R: Oui, et c’est un point qui me désole un petit peu. Avant j’avais des orgasmes très intenses, au point d’en avoir les jambes qui tremblent et de rejeter la tête en arrière. Maintenant, j’éjacule et voilà, c’est plus calme. Ça fait du bien, oui, mais ce n’est pas aussi intense qu’avant, ce qui était sympa parce que c’était très “chaud”, et maintenant c’est juste : ok.

Extraits d’interview d’Aaron Calloway, traduit depuis l’anglais

———————————-

J’ai été circoncis à 19 ans pour être “normal” et ressembler aux autres hommes (1). Bien des années après je pense que ça a été la plus grosse et la pire erreur de toute ma vie. La première fois que je me suis masturbé après la circoncision ce fut une énorme déception parce que j’avais perdu environ le tiers des sensations en intensité par rapport à avant et rien n’a changé depuis. Lors de l’ablation du prépuce, on détruit une quantité importante de nerfs et ainsi la superbe sensation du gland rentrant et sortant du prépuce.

Dr David Nunn, Australie. Témoignage traduit depuis l’anglais.

(1) Des années 50 aux début des années 2000 la majorité des Australiens étaient circoncis bien que leur nombre n’ait cessé de décroître. Aujourd’hui, 85 % des jeunes Australiens qui entrent en primaire sont intacts.

Source : https://www.circinfo.org/Personal_stories.html

———————————-

[…] je me suis aussi fait circoncire à 25 ans ! moi je pensais que c’était un simple bout de peau qu’on retirait, j’avais jamais entendu parlé de frein ou de liaisons nerveuses du prépuce ou même de la kératinisation du gland ! j’ai connu une longue relation amoureuse avec une compagne avec laquelle tous les plaisir était sensationnels, fellation et surtout pénétration vaginale où je pouvais sentir à quel niveau mon pénis se trouvait dans son vagin et même ressentir la chaleur au point de pas vouloir en sortir après l’éjaculation tellement il était bien dedans…lolol ! puis je me suis fais circoncire à l’âge de 25ans et là sans m’en rendre compte mes rapports sexuels avec mes compagnes étaient de pire en pire au point où il m’arrive de ne pas sentir quand je pénétrais une compagne et la fellation était peu stimulante donc mes érections moins intenses, je pensais que c’étaient mes compagnes qui merdaient (excusez l’expression), donc j’étais toujours à la quête de rencontrer une femme qui me procure du plaisir comme celle d’avant la circoncision ! Au jour d’aujourd’hui je me rends compte que j’aurais pu chercher longtemps car par le plus grand des hasards j’ai fais une recherche sur internet sur la circoncision et là je me suis pris la plus grosse claque de ma vie en me rendant compte que cette putain de circoncision va foutre ma vie sexuelle en l’air et que c’est même elle qui indirectement a foutu la merde avec ces compagnes, là je cherche au moins une façon de retrouver les sensations du gland car ce “simple” bout de peau ça a pour conséquence la perte de trois zones dont les deux premières sont immédiates et irréversibles (prépuce, frein et gland), c’est la seule qu’on peut à peu près récupérer en évitant les frottements et pour ça il faudra porter une protection artificiel toute sa vie…!! […] laissez à vos enfant le vrai plaisir sexuel, celui où vous pouvez faire l’amour à votre compagne lentement avec passion ou la fellation est un délice intense du début à la fin (un circoncis ne pourra jamais mais jamais ressentir ce même plaisir…..!!!!), et pas être obligé de limer votre compagne comme un fou pour pouvoir stimuler votre gland à cause de sa kératinisation!! laissez le choix à vos enfants de choisir mais en les informant du mieux possible de tous ce qu’il vont perdre…!! je peux comprendre une personne dans mon cas qui décide de se tirer une balle dans la tête (j’incite pas au suicide), c’est pour vous dire la détresse dans laquelle on se trouve!! une vie sans plaisir sexuel aussi intense c’est pas une vie, la personne qui est née mal voyante (pas aveugle) ne sait pas se que s’est de voir net donc elle se crée des repères, la personne qui a vu net pendant 25ans se retrouve perdu si elle devient mal voyante car elle perd tous ses repères !! […] Regardez moi si j’avais été circoncis depuis jeune, je l’aurais logiquement fait à mes fils (si j’en ai un jour), c’est clair que là je m’opposerais fermement…!!! c’est un post objectif basé sur du factuel et non un post subjectif… svp faites passer ce post et gardez-le svp…..

Témoignage de “corpsmalade29”. Source : http://www.e-sante.fr/circoncision-quelques-precisions-en-10-points-clef/actualite/679

———————————-

M’étant fait circoncire à 30 ans tant pour des raisons religieuses que suite à l’avis favorable de mon praticien, je dois dire… que je le regrette. Franchement, plus la même sensibilité qu’avant. Et ça va en s’aggravant (avec la kératinisation du gland)… Je sais que c’est pour beaucoup le but recherché, mais tout de même, retirer entre le quart et le tiers de la surface sensitive du pénis ce n’est vraiment pas anodin. Je suis devenu de plus en plus insensible à certaines stimulations sexuelles (pas toutes heureusement). En ayant discuté autours de moi, je suis loin d’être un cas isolé. Je me suis donc farouchement battu avec ma belle famille pour INTERDIRE qu’on opère mes enfants. S’ils le font, ce sera LEUR choix, à l’âge adulte. Quand à la soi disant protection vénérienne de la circoncision, c’est de la blague. On se protège, soi et sa partenaire, avec une capote. Sinon, la pratique reste à risque, on diminue juste les chance d’être contaminé (et ça ne change rien pour votre partenaire). L’argument le plus ridicule que j’ai entendu et que c’est plus ‘propre’ car ‘ça’ ne macère plus dans les plis. J’ai fait alors remarquer à mon interlocutrice que ‘ça’ macérait sans doute beaucoup plus dans les plis du tablier vulvaire féminin (et je parle d’expérience) mais que l’hygiène intime réglait beaucoup mieux le problème que la labioctomie (enlever ou réduire les lèvres génitales).

Témoignage de “beast”. Source : http://www.e-sante.fr/circoncision-quelques-precisions-en-10-points-clef/actualite/679

 

———————————-

Introduction

Mon histoire commence à l’adolescence, avant mes premiers rapports. Côté sexuel tout allait bien, je décalottais sans difficultés et je n’avais aucune difficultés à m’adonner aux plaisirs solitaires. Cependant depuis qu’un ami m’avait montré mes premiers films pour adultes et plus qu’érotiques, des films dévoilant complètement l’anatomie des deux sexes donc, je me posais des questions sur mon pénis car ceux que j’avais vus n’étaient pas comme le mien. Le mien, lorsqu’il était en érection était courbé vers le bas au niveau du milieu. La courbure était de 90 degrés. J’avais un tuyau coudé au lieu d’un tuyau droit. J’avais beau avoir une érection allongé sur le ventre ou quelque autre position, rien n’y faisait il restait obstinément courbé et essayer de le redresser manuellement était douloureux.

A la même époque le médecin de la famille m’envoya consulter un sexologue au sujet d’un autre problème sans rapport et heureusement bénin. J’osai alors parler de mon problème de courbure de la verge. Le sexologue me convoqua à un second rendez-vous lors duquel il pu constater la courbure en érection et prendre des photos. Il me demanda si j’avais déjà essayé la pénétration et à ma réponse négative m’expliqua qu’une courbure aussi prononcée rendrait la pénétration difficile voire impossible et que le seul moyen d’y remédier était d’opérer. Au terme de ce second rendez-vous il me renvoya vers un urologue auquel il transmit les photos.

Lorsque je rencontrai ce dernier, il me confirma la nécessité d’opérer. Il m’expliqua qu’il s’agissait a priori d’une déformation congénitale du pénis puisqu’autant que je m’en souvenais il avait toujours été courbé en érection. Il m’expliqua le principe de l’opération de redressement de la verge (pour simplifier figurez-vous vouloir redresser une banane en ôtant un quartier dans sa partie dorsale), il m’expliqua que mon pénis se verrait raccourci de 1 à 2 cm et que cela nécessitait de me circoncire pour ne pas que mon prépuce dépasse démesurément mon gland une fois la verge raccourcie.

Du côté de chez Onan

Précisons ici que j’utilisais toujours mon prépuce lors de la masturbation. Je le faisais presque toujours glisser plus ou moins rapidement sur mon gland, stimulant ainsi entièrement celui-ci, et c’est ainsi en me calottant et décalottant que je me procurais du plaisir, ressentant une petite vague de plaisir à chaque décalottage et recalottage quand je le faisais lentement et délicatement, atteignant l’orgasme le plus souvent dans un mouvement rapide. Ce jeu sur la vitesse me permettait de contrôler le plaisir. Les rares occasions où je procédais autrement, je faisais coulisser mon prépuce sur ma verge sans recouvrir le gland, en m’arrêtant juste derrière la couronne et en jouant sur la stimulation de la zone du frein, atteignant la jouissance ainsi. Quand je me décalottais mon sexe exhalait une odeur musquée assez excitante.

Après l’évocation de la circoncision par le chirurgien, je me suis donc dit que je pourrais faire une croix sur la masturbation et je jouais une dernière fois avec mon prépuce lors de ma douche pré opératoire en guise d’adieu à mon capuchon. Concernant la possibilité de la masturbation, j’avais tort mais j’allais apprendre très rapidement que l’opération aurait un impact sur ma capacité à me procurer du plaisir comme avant.

L’opération et au-delà

Mes parents ont donné leur consentement pour la circoncision (c’était nécessaire puisque j’étais mineur) et l’opération a pu avoir lieu. En ce qui concerne la courbure, elle fut corrigée et l’opération fut à cet égard un succès. Après quelques jours à l’hôpital pour faire changer les pansements, je rentrai chez moi.

Parmi les premières impressions il y eu de l’inconfort. Ainsi découvert je n’aimais pas sentir mon gland frotter contre mes sous-vêtements. Avant l’opération si par hasard mon gland se décalottait, je le recalottais à travers le pantalon en appuyant légèrement dessus pour le repousser sous le prépuce car le frottement du gland à nu contre les sous-vêtement provoquait des petites démangeaisons. Bien sûr maintenant je ne pouvais plus faire cela.

D’un point de vue esthétique, je trouvai à ce gland toujours découvert une vraie impudeur et une indécence, une sorte de ridicule aussi, quelque chose d’incongru. Avant l’opération mon prépuce recouvrait entièrement mon gland à l’état flaccide. On avait mis à bas la frontière entre couvert et découvert, pudeur et impudeur, décence et indécence. On avait abattu une autre frontière encore, plus profonde et pleine de sens, celle entre le visible et l’invisible : le gland découvert est celui de l’acte sexuel, aussi au repos il y avait une contradiction entre ce gland ridiculement découvert et la flaccidité de mon pénis. Avec cette exposition permanente du gland c’est aussi un sentiment de vulnérabilité qui s’est installé. A plusieurs points de vue je ne reconnaissais plus mon pénis. Mon sexe avait perdu l’odeur qu’il avait quand je le décalottais, il était devenu comme aseptisé, ce qui participait de cette impression d’un sexe qui n’était plus entièrement le mien.

De plus mon gland avait pris un aspect sec tandis qu’avant le prépuce le maintenait hydraté et lui donnait son aspect brillant en érection, au point où un jour je pris sur moi et j’allais voir une dermatologue qui me dit que c’était normal quand on est circoncis.

Au chapitre des sensations le bilan était le suivant :

Au repos ? Perdue cette sensation d’enveloppement agréable du gland. Mon gland maintenant toujours exposé et en contact avec mes sous-vêtements avait perdu en sensibilité.

Environ un mois après l’opération, je recommençais à me masturber et c’était alors que la différence fut la plus rude :

En érection ? Perdu le plaisir de faire rouler la peau, soit délicatement, soit plus rapidement sur mon gland, de me procurer ainsi du plaisir chaque fois que je le couvrais puis le découvrais. Perdue aussi la possibilité de le stimuler en entier. Que me restait-il ? Avec une mobilité de la peau sur la verge aussi réduite, ma seconde technique de masturbation en moins bien. La technique que je n’utilisais presque jamais. J’avais perdu toute la palette de nuances que me permettait mon prépuce. J’avais rétrogradé du technicolor au noir et blanc, de la 3D à la 2D, l’impression d’une dimension du plaisir en moins. La masturbation s’était réduite à l’enchaînement excitation, tension, éjaculation sans offrir les nuances que mon sexe intact rendait possibles.

Ce n’était pas tout.

Les conséquences psychologiques

On imaginera aisément la frustration entraînée par cette diminution des sensations et cette défiguration. J’essayais de ne pas y penser mais chaque fois que ça revenait je ressentais ce malaise terrible du non retour en arrière. Pas moyen d’y échapper. La frustration bien là et la pratique de la masturbation était là pour me le rappeler.

D’un point de vue psychologique un de mes premiers sentiments fut celui de la perte, une perte irrémédiable, dont une perte de virilité, comme sous le coup d’un geste castrateur. Je me sentais moins homme. Après tout n’avait-on pas diminué pour ainsi dire mon sexe en m’enlevant mon prépuce ? Et je me demandais pourquoi aucun suivi psychologique n’avait été mis en place suite à cette opération après un tel changement irréparable car après tout je voyais que ça m’avait beaucoup affecté.

La douleur prête à bondir se tapissait dans le quotidien en apparence innocent : au lycée, dans le vestiaire de sport, des camarades de classes, tous intacts, revenaient de la douche. J’essayais de détourner le regard. Pas toujours possible et alors le malaise me saisissait.

A la télévision passait parfois une scène de nudité masculine, je ressentais un malaise aussi ainsi que de la haine et de la jalousie envers le personnage intact. C’était il y a des années mais je me rappelle encore très bien une scène avec un homme nu prenant un douche dans le film Brève traversée de Catherine Breillat ou la bande annonce sur Arte de Son Frère de Patrice Chéreau. Bien sûr il était impossible de prévoir ce genre d’images qui me frappaient en pleine face sans crier gare.

Avec la pornographie sur internet, c’était encore pire. Ici, le contexte est celui de la sexualité, du plaisir (même joué) et les acteurs et actrices font plein usage pour ainsi dire du sexe masculin et quand l’acteur est intact, du prépuce. Comme moi avant l’opération. Le malaise n’en était que plus profond, la colère et la jalousie décuplés. Par l’effet d’une jalousie primitive, je me disais « Le salaud ! Il est même pas circoncis ! ». J’aurais aimé que  que tous ces acteurs aient subi la même opération. A un moment qui aurait dû être agréable et source de plaisir pour moi se mêlait soudain un torrent d’émotions négatives. Bien sûr je savais que ma réaction de haine envers les hommes intacts était irrationnelle, ma raison me le disait mais les sentiments négatifs revenaient à la charge à chaque fois. Au point où je me suis mis à fuir les scènes représentant des couples parce que je risquais d’y voir un homme intact. Il n’y a pas très longtemps j’ai découvert un questionnaire d’un groupe d’intactivistes américains (NORM), dont une des questions portait sur le ressentiment suite à la circoncision. Parmi les réponses proposées il y avait la colère et la jalousie. Alors j’ai compris que d’autres hommes circoncis ressentent la même chose.

Pendant plusieurs années après l’opération, je me suis parfois demandé ce que j’avais fait de mal pour devoir subir une opération qui avait ainsi réduit la qualité de ma vie sexuelle et qui m’avait à ce point affecté. Une forme de culpabilité s’était installée, l’opération étant vécue comme une punition. La réponse la plus facile à “pourquoi moi ?” étant que je l’avais mérité d’une manière ou d’une autre, ainsi perd-on de l’estime de soi.

Du point de vue de mes premiers rapports la première fois que du bout des doigts j’ai exploré l’intimité d’une femme, l’humidité m’a rappelé le « milieu » entre mon gland et mon prépuce dont je me souvenais avec une amère nostalgie. Parmi les partenaires que j’ai connues j’ai évoqué mon insatisfaction relative par rapport à mon état antérieur avec certaines et j’ai toujours rencontré de la bienveillance mais à mon grand étonnement dans deux cas j’ai dû faire un petit point anatomique sur le prépuce et la circoncision.

La restauration : à la reconquête de soi

J’ai découvert la restauration du prépuce assez tôt et j’ai fait une première tentative qui n’a pas duré car l’investissement nécessaire en temps m’a semblé insurmontable. J’ai recommencé il y a quelques mois de manière beaucoup plus assidue cette fois-ci et les premiers résultats, si modestes soient-ils, m’ont permis de retrouver un peu de ce qu’un pénis intact permet et je trouve que c’est déjà beaucoup. Le confort procuré par la facilitation du mouvement de la peau sur mon pénis a été ressenti par ma dernière partenaire (avec qui j’étais avant de commencer la restauration), comme pour moi. Elle était contente de sentir que je ressentais plus de plaisir en faisant réussissant à faire glisser un peu de peau sur mon gland, même si la “couverture” totale est encore loin d’être atteinte. Provoquer des érections par le seul toucher n’a jamais été aussi rapide depuis longtemps, de même qu’entretenir une érection. La restauration est un travail de très longue haleine dont les progrès se mesurent en semaines voire en mois. C’est une véritable école de la patience, mais ça en vaut vraiment la peine.

Conclusion

Une des grandes conquêtes des époques moderne et contemporaine a été de restituer la propriété de son corps à l’individu. Le corps a été sanctuarisé, rendu inviolable en droit. On a empêché l’arbitraire des souverains et de l’État de marquer le sceau de leur puissance dans la chair. Plus de fer rouge, plus de fouet. Chaque individu s’appartient aussi bien en tant qu’être pensant qu’en tant que corps. Et pourtant en 2016, on continue de tolérer à l’encontre de tous ces principes que l’on foule aux pieds le droit à décider pour soi-même, le droit au respect du corps, en transformant ce corps de manière irréversible. Pendant ce temps les autorités publiques et une partie de la population ignorent ces pratiques ou ferment les yeux comme si elles allaient de soi. On met la poussière sous le tapis, on regarde ailleurs, on ignore. Comme si le fait d’enlever une partie du sexe d’un enfant était quelque chose d’anodin.

Témoigner est une épreuve, faire remonter tous ces souvenirs à la surface est une chose difficile, mais j’encourage tout homme qui a souffert de sa circoncision à partager son expérience car c’est le seul moyen de faire comprendre que contrairement à ce qu’on peut entendre ici ou là, la circoncision est loin d’être une opération bénigne et sans conséquences. C’est faire contrepoids aux contrevérités que l’on peut entendre de la bouche même de quelques spécialistes médiatiques comme par exemple “ça ne change jamais rien au plaisir ressenti”, “c’est une rupture symbolique nécessaire”…

B., 32 ans

———————————-

Pour aller plus loin :

  • Le livre Unspeakable Mutilations de Lindsay Watson qui compile les témoignages de 50 hommes “de tout âge, de tous milieux, qui racontent comment la circoncision a affaibli leur estime de soi, leur bien-être et détérioré leur sexualité“. Ce livre est disponible en anglais et en allemand.

Unspeakable Mutilations

 

Le livre Ent-hüllt! (en allemand) de Clemens Bergner, dans lequel “des hommes évoquent ouvertement et sans détours les dommages de la circoncision et les souffrances occasionnées. Ces dommages sont physiques, mais aussi psychologiques et affectent la sexualité. Dans ce livre s’expriment non seulement les hommes concernés en personne mais aussi ceux qui le sont indirectement, partenaires et parents.”

Ent-hüllt

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this:
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close