Témoignages

La circoncision a eu lieu dans un hôpital. Je fus pour cela anesthésié et ne me rappelle rien de l’opération. Je me rappelle que j’ai eu des sutures assez importantes autour du gland et que la cicatrisation n’a pas été optimale. L’endurance sexuelle, que tant de personnes vantent, s’est traduite pour moi hélas par une perte de sensibilité au niveau du gland. D’un côté, du fait qu’il est constamment exposé, il me faut plus de temps pour atteindre l’orgasme, d’un autre côté chaque orgasme a clairement comme perdu en couleurs. Aujourd’hui, avec de la chance, j’arrive encore à atteindre un orgasme satisfaisant, hélas il arrive aussi bien trop souvent, que mes relations sexuelles entraînent douleur et surexcitation chez moi. Je dois souvent mettre moi-même la « main à la pâte » pour me satisfaire. Moi seul peux sentir quelle « pression » exercer sur mes parties intimes. Rien de tout cela n’était ainsi auparavant.

Steffen Rehm, traduit depuis l’allemand

———————————-

J’ai été circoncis alors que j’avais 20 ans à cause d’un phimosis sévère. J’ai consulté deux urologues qui m’ont tous les deux conseillé la circoncision. Aucun n’a proposé d’utiliser une crème, de la pommade ou de faire des exercices d’étirement de la peau. Avec le recul je dois dire que ce fut une des pires erreurs de ma vie. Il y a une énorme différence de sensibilité entre l’avant et l’après. J’ai l’impression de ne presque plus rien sentir au moment de l’orgasme ou pendant la pénétration. Si je pouvais revenir dans le temps, je préférerais dans tous les cas essayer d’étirer la peau manuellement plutôt que de me faire circoncire.

Patrick L., 34 ans, traduit depuis l’allemand

———————————-

J’ai été circoncis d’urgence à l’âge adulte suite à un paraphimosis sévère. […] Trois mois après je pouvais de nouveau me masturber et avoir des rapports sexuels, mon gland maintenant découvert en permanence était tellement sensible que malheureusement j’éjaculais très rapidement de manière incontrôlée. Cependant au cours du mois suivant les sensations ont progressivement diminué jusqu’à perdre toute sensibilité. Même au contact d’eau glacée ou d’eau très chaude je ne sentais plus rien au niveau du gland, alors que le contact avec l’eau chaude l’eau froide sur la hampe de mon pénis était très désagréable, ce fut un choque !

Je suis un homme qui a souffert de sa circoncision. D’autres hommes ont une expérience différente. En fin de compte un pénis circoncis est un pénis mutilé.

Christopher Sewell, traduit depuis l’anglais

———————————-

Face à ce qu’il perçoit comme une certaine pression sociale et pour essayer de sauver une relation qui bat de l’aile, Aaron Calloway, jeune gay New-Yorkais a décidé de se faire circoncire à l’âge de 21 ans. Auparavant gêné par son statut d’homme intact dans un New-York où la majorité des hommes sont circoncis et où il avait le sentiment qu’avoir des organes sexuels entiers étaient mal vu, il assume sa décision, non sans quelques regrets, notamment au chapitre du plaisir.

« J’ai fréquenté certains cercles où les gens disaient des choses du genre ‘ouais beurk… il était intact‘, moi je ne voulais pas être perçu comme ça. […] quand t’es intact les gens ne pensent même pas que tu puissent ne pas être circoncis. Ils supposent que tu l’es et si tu ne l’es pas, pour eux c’est abominable. »

Q: Comment dirais-tu que c’est perçu de ne pas être circoncis ?

R: C’est étrange parce que ça dépend vraiment de la personne. Ceux qui préfèrent les circoncis ou qui sont circoncis… c’est bizarre comme préférence – ils associent cela tout de suite avec la propreté. Ils considèrent que c’est plus convenable et trouvent étranges les sexes intacts. Ça me fait me poser des questions, c’est en fait bizarre que juste après la naissance on vous coupe une partie du sexe. Je suis fier d’avoir pu prendre la décision par moi-même. Il y a quelque de fort là-dedans.

Q: Ressens-tu moins de sensations maintenant ?

R: Oui, et c’est un point qui me désole un petit peu. Avant j’avais des orgasmes très intenses, au point d’en avoir les jambes qui tremblent et de rejeter la tête en arrière. Maintenant, j’éjacule et voilà, c’est plus calme. Ça fait du bien, oui, mais ce n’est pas aussi intense qu’avant, ce qui était sympa parce que c’était très “chaud”, et maintenant c’est juste : ok.

Extraits d’interview d’Aaron Calloway, traduit depuis l’anglais

———————————-

J’ai été circoncis à 19 ans pour être “normal” et ressembler aux autres hommes (1). Bien des années après je pense que ça a été la plus grosse et la pire erreur de toute ma vie. La première fois que je me suis masturbé après la circoncision ce fut une énorme déception parce que j’avais perdu environ le tiers des sensations en intensité par rapport à avant et rien n’a changé depuis. Lors de l’ablation du prépuce, on détruit une quantité importante de nerfs et ainsi la superbe sensation du gland rentrant et sortant du prépuce.

Dr David Nunn, Australie. Témoignage traduit depuis l’anglais.

(1) Des années 50 aux début des années 2000 la majorité des Australiens étaient circoncis bien que leur nombre n’ait cessé de décroître. Aujourd’hui, 85 % des jeunes Australiens qui entrent en primaire sont intacts.

Source : https://www.circinfo.org/Personal_stories.html

———————————-

Introduction

Mon histoire commence à l’adolescence, avant mes premiers rapports. Côté sexuel tout allait bien, je décalottais sans difficultés et je n’avais aucune difficultés à m’adonner aux plaisirs solitaires. Cependant depuis qu’un ami m’avait montré mes premiers films pour adultes et plus qu’érotiques, des films dévoilant complètement l’anatomie des deux sexes donc, je me posais des questions sur mon pénis car ceux que j’avais vus n’étaient pas comme le mien. Le mien, lorsqu’il était en érection était courbé vers le bas au niveau du milieu. La courbure était de 90 degrés. J’avais un tuyau coudé au lieu d’un tuyau droit. J’avais beau avoir une érection allongé sur le ventre ou quelque autre position, rien n’y faisait il restait obstinément courbé et essayer de le redresser manuellement était douloureux.

A la même époque le médecin de la famille m’envoya consulter un sexologue au sujet d’un autre problème sans rapport et heureusement bénin. J’osai alors parler de mon problème de courbure de la verge. Le sexologue me convoqua à un second rendez-vous lors duquel il pu constater la courbure en érection et prendre des photos. Il me demanda si j’avais déjà essayé la pénétration et à ma réponse négative m’expliqua qu’une courbure aussi prononcée rendrait la pénétration difficile voire impossible et que le seul moyen d’y remédier était d’opérer. Au terme de ce second rendez-vous il me renvoya vers un urologue auquel il transmit les photos.

Lorsque je rencontrai ce dernier, il me confirma la nécessité d’opérer. Il m’expliqua qu’il s’agissait a priori d’une déformation congénitale du pénis puisqu’autant que je m’en souvenais il avait toujours été courbé en érection. Il m’expliqua le principe de l’opération de redressement de la verge (pour simplifier figurez-vous vouloir redresser une banane en ôtant un quartier dans sa partie dorsale), il m’expliqua que mon pénis se verrait raccourci de 1 à 2 cm et que cela nécessitait de me circoncire pour ne pas que mon prépuce dépasse démesurément mon gland une fois la verge raccourcie.

Du côté de chez Onan

Précisons ici que j’utilisais toujours mon prépuce lors de la masturbation. Je le faisais presque toujours glisser plus ou moins rapidement sur mon gland, stimulant ainsi entièrement celui-ci, et c’est ainsi en me calottant et décalottant que je me procurais du plaisir, ressentant une petite vague de plaisir à chaque décalottage et recalottage quand je le faisais lentement et délicatement, atteignant l’orgasme le plus souvent dans un mouvement rapide. Ce jeu sur la vitesse me permettait de contrôler le plaisir. Les rares occasions où je procédais autrement, je faisais coulisser mon prépuce sur ma verge sans recouvrir le gland, en m’arrêtant juste derrière la couronne et en jouant sur la stimulation de la zone du frein, atteignant la jouissance ainsi. Quand je me décalottais mon sexe exhalait une odeur musquée assez excitante.

Après l’évocation de la circoncision par le chirurgien, je me suis donc dit que je pourrais faire une croix sur la masturbation et je jouais une dernière fois avec mon prépuce lors de ma douche pré opératoire en guise d’adieu à mon capuchon. Concernant la possibilité de la masturbation, j’avais tort mais j’allais apprendre très rapidement que l’opération aurait un impact sur ma capacité à me procurer du plaisir comme avant.

L’opération et au-delà

Mes parents ont donné leur consentement pour la circoncision (c’était nécessaire puisque j’étais mineur) et l’opération a pu avoir lieu. En ce qui concerne la courbure, elle fut corrigée et l’opération fut à cet égard un succès. Après quelques jours à l’hôpital pour faire changer les pansements, je rentrai chez moi.

Parmi les premières impressions il y eu de l’inconfort. Ainsi découvert je n’aimais pas sentir mon gland frotter contre mes sous-vêtements. Avant l’opération si par hasard mon gland se décalottait, je le recalottais à travers le pantalon en appuyant légèrement dessus pour le repousser sous le prépuce car le frottement du gland à nu contre les sous-vêtement provoquait des petites démangeaisons. Bien sûr maintenant je ne pouvais plus faire cela.

D’un point de vue esthétique, je trouvai à ce gland toujours découvert une vraie impudeur et une indécence, une sorte de ridicule aussi, quelque chose d’incongru. Avant l’opération mon prépuce recouvrait entièrement mon gland à l’état flaccide. On avait mis à bas la frontière entre couvert et découvert, pudeur et impudeur, décence et indécence. On avait abattu une autre frontière encore, plus profonde et pleine de sens, celle entre le visible et l’invisible : le gland découvert est celui de l’acte sexuel, aussi au repos il y avait une contradiction entre ce gland ridiculement découvert et la flaccidité de mon pénis. Avec cette exposition permanente du gland c’est aussi un sentiment de vulnérabilité qui s’est installé. A plusieurs points de vue je ne reconnaissais plus mon pénis. Mon sexe avait perdu l’odeur qu’il avait quand je le décalottais, il était devenu comme aseptisé, ce qui participait de cette impression d’un sexe qui n’était plus entièrement le mien.

De plus mon gland avait pris un aspect sec tandis qu’avant le prépuce le maintenait hydraté et lui donnait son aspect brillant en érection, au point où un jour je pris sur moi et j’allais voir une dermatologue qui me dit que c’était normal quand on est circoncis.

Au chapitre des sensations le bilan était le suivant :

Au repos ? Perdue cette sensation d’enveloppement agréable du gland. Mon gland maintenant toujours exposé et en contact avec mes sous-vêtements avait perdu en sensibilité.

Environ un mois après l’opération, je recommençais à me masturber et c’était alors que la différence fut la plus rude :

En érection ? Perdu le plaisir de faire rouler la peau, soit délicatement, soit plus rapidement sur mon gland, de me procurer ainsi du plaisir chaque fois que je le couvrais puis le découvrais. Perdue aussi la possibilité de le stimuler en entier. Que me restait-il ? Avec une mobilité de la peau sur la verge aussi réduite, ma seconde technique de masturbation en moins bien. La technique que je n’utilisais presque jamais. J’avais perdu toute la palette de nuances que me permettait mon prépuce. J’avais rétrogradé du technicolor au noir et blanc, de la 3D à la 2D, l’impression d’une dimension du plaisir en moins. La masturbation s’était réduite à l’enchaînement excitation, tension, éjaculation sans offrir les nuances que mon sexe intact rendait possibles.

Ce n’était pas tout.

Les conséquences psychologiques

On imaginera aisément la frustration entraînée par cette diminution des sensations et cette défiguration. J’essayais de ne pas y penser mais chaque fois que ça revenait je ressentais ce malaise terrible du non retour en arrière. Pas moyen d’y échapper. La frustration bien là et la pratique de la masturbation était là pour me le rappeler.

D’un point de vue psychologique un de mes premiers sentiments fut celui de la perte, une perte irrémédiable, dont une perte de virilité, comme sous le coup d’un geste castrateur. Je me sentais moins homme. Après tout n’avait-on pas diminué pour ainsi dire mon sexe en m’enlevant mon prépuce et mon frein ? Et je me demandais pourquoi aucun suivi psychologique n’avait été mis en place suite à cette opération après un tel changement irréparable car après tout je voyais que ça m’avait beaucoup affecté.

La douleur prête à bondir se tapissait dans le quotidien en apparence innocent : au lycée, dans le vestiaire de sport, des camarades de classes, tous intacts, revenaient de la douche. J’essayais de détourner le regard. Pas toujours possible et alors le malaise me saisissait.

A la télévision passait parfois une scène de nudité masculine, je ressentais un malaise aussi ainsi que de la haine et de la jalousie envers le personnage intact. C’était il y a des années mais je me rappelle encore très bien une scène avec un homme nu prenant un douche dans le film Brève traversée de Catherine Breillat ou la bande annonce sur Arte de Son Frère de Patrice Chéreau. Bien sûr il était impossible de prévoir ce genre d’images qui me frappaient en pleine face sans crier gare.

Avec la pornographie sur internet, c’était encore pire. Ici, le contexte est celui de la sexualité, du plaisir (même joué) et les acteurs et actrices font plein usage pour ainsi dire du sexe masculin et quand l’acteur est intact, du prépuce. Comme moi avant l’opération. Le malaise n’en était que plus profond, la colère et la jalousie décuplés. Par l’effet d’une jalousie primitive, je me disais « Le salaud ! Il est même pas circoncis ! ». J’aurais aimé que  que tous ces acteurs aient subi la même opération. A un moment qui aurait dû être agréable et source de plaisir pour moi se mêlait soudain un torrent d’émotions négatives. Bien sûr je savais que ma réaction de haine envers les hommes intacts était irrationnelle, ma raison me le disait mais les sentiments négatifs revenaient à la charge à chaque fois. Au point où je me suis mis à fuir les scènes représentant des couples parce que je risquais d’y voir un homme intact. Il n’y a pas très longtemps j’ai découvert un questionnaire d’un groupe d’intactivistes américains (NORM), dont une des questions portait sur le ressentiment suite à la circoncision. Parmi les réponses proposées il y avait la colère et la jalousie. Alors j’ai compris que d’autres hommes circoncis ressentent la même chose.

Pendant plusieurs années après l’opération, je me suis parfois demandé ce que j’avais fait de mal pour devoir subir une opération qui avait ainsi réduit la qualité de ma vie sexuelle et qui m’avait à ce point affecté. Une forme de culpabilité s’était installée, l’opération étant vécue comme une punition. La réponse la plus facile à “pourquoi moi ?” étant que je l’avais mérité d’une manière ou d’une autre, ainsi perd-on de l’estime de soi.

Du point de vue de mes premiers rapports la première fois que du bout des doigts j’ai exploré l’intimité d’une femme, l’humidité m’a rappelé le « milieu » entre mon gland et mon prépuce dont je me souvenais avec une amère nostalgie. Parmi les partenaires que j’ai connues j’ai évoqué mon insatisfaction relative par rapport à mon état antérieur avec certaines et j’ai toujours rencontré de la bienveillance mais à mon grand étonnement dans deux cas j’ai dû faire un petit point anatomique sur le prépuce et la circoncision.

La restauration : à la reconquête de soi

J’ai découvert la restauration du prépuce assez tôt et j’ai fait une première tentative qui n’a pas duré car l’investissement nécessaire en temps m’a semblé insurmontable. J’ai recommencé il y a quelques mois de manière beaucoup plus assidue cette fois-ci et les premiers résultats, si modestes soient-ils, m’ont permis de retrouver un peu de ce qu’un pénis intact permet et je trouve que c’est déjà beaucoup. Le confort procuré par la facilitation du mouvement de la peau sur mon pénis a été ressenti par ma dernière partenaire (avec qui j’étais avant de commencer la restauration), comme pour moi. Elle était contente de sentir que je ressentais plus de plaisir en faisant réussissant à faire glisser un peu de peau sur mon gland, même si la “couverture” totale est encore loin d’être atteinte. Provoquer des érections par le seul toucher n’a jamais été aussi rapide depuis longtemps, de même qu’entretenir une érection. La restauration est un travail de très longue haleine dont les progrès se mesurent en semaines voire en mois. C’est une véritable école de la patience, mais ça en vaut vraiment la peine.

Conclusion

Une des grandes conquêtes des époques moderne et contemporaine a été de restituer la propriété de son corps à l’individu. Le corps a été sanctuarisé, rendu inviolable en droit. On a empêché l’arbitraire des souverains et de l’État de marquer le sceau de leur puissance dans la chair. Plus de fer rouge, plus de fouet. Chaque individu s’appartient aussi bien en tant qu’être pensant qu’en tant que corps. Et pourtant en 2016, on continue de tolérer à l’encontre de tous ces principes que l’on foule aux pieds le droit à décider pour soi-même, le droit au respect du corps, en transformant ce corps de manière irréversible. Pendant ce temps les autorités publiques et une partie de la population ignorent ces pratiques ou ferment les yeux comme si elles allaient de soi. On met la poussière sous le tapis, on regarde ailleurs, on ignore. Comme si le fait d’enlever une partie du sexe d’un enfant était quelque chose d’anodin.

Témoigner est une épreuve, faire remonter tous ces souvenirs à la surface est une chose difficile, mais j’encourage tout homme qui a souffert de sa circoncision à partager son expérience car c’est le seul moyen de faire comprendre que contrairement à ce qu’on peut entendre ici ou là, la circoncision est loin d’être une opération bénigne et sans conséquences. C’est faire contrepoids aux contrevérités que l’on peut entendre de la bouche même de quelques spécialistes médiatiques comme par exemple “ça ne change jamais rien au plaisir ressenti”, “c’est une rupture symbolique nécessaire”…

B., 32 ans

———————————-

Voir aussi l’excellent recueil de témoignages Unspeakable Mutilations de Lindsay Watson, pour l’instant seulement disponible en anglais et en allemand, ainsi que le livre Ent-hüllt! (en allemand).

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s